Podcast AD2S - Général Crossonneau : « Emploi et MCO : les deux faces d’une même pièce en termes d’opération »
le 18 mai 2026 - Le général de brigade aérienne Marc-Olivier Crossonneau était le premier intervenant de la table ronde organisée par l’AD2S le 13 janvier dernier. En tant que « Général MCO Air » au sein de l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, il s’est attaché à définir la haute intensité et ce qu’elle signifie concrètement en termes de génération de forces et de disponibilité technique.
Une génération de forces adaptée à la haute intensité : masse, pics d’activité et dispersion
Dans cette présentation (retranscrite dans le podcast disponible sur le LinkedIn AD2S), le général Crossonneau a, tout d’abord, proposé une définition opérationnelle de la haute intensité, se caractérisant par une activité très élevée menée sous fortes contraintes temporelles, opérationnelles et sous menace permanente, directe ou indirecte. Une logique qui « induit forcément la génération de forces et de masse. Il faut faire voler tout ce que l’on a sur les parkings. Même si toutes les capacités souhaitées ne sont pas toujours au rendez-vous car nos facultés d’équipement sont nécessairement « finies », il ne s’agit pas ici d’optimisation parfaite, mais d’exploitation maximale des moyens existants. »
La haute intensité se traduit aussi par des pics d’activité venant s’ajouter aux missions permanentes (dissuasion, posture de sûreté), et par une dispersion des forces destinée à renforcer la survivabilité, la résilience et l’imprévisibilité face à l’ennemi. Cette dispersion peut être imposée par la nature du conflit et les distances, comme on l’observe aujourd’hui en Ukraine, théâtre où la mobilité et le changement fréquent de bases deviennent des facteurs clés de survie.
Une génération de disponibilité requérant une objectivation M2MC des contrats opérationnels
Sur le plan technico-logistique, la priorité est la génération de disponibilité. Cela concerne autant le soutien opérationnel que le soutien industriel. Cette logique suppose un soutien logistique dimensionné pour absorber des cadences très élevées reposant sur deux piliers : les stocks et une « supply chain » permettant de régénérer rapidement les flottes engagées. Ce qui implique des outils de simulation partagés avec les industriels afin d’anticiper les goulets d’étranglement et d’évaluer la performance réelle des chaînes de soutien.
Un point central est l’anticipation des besoins. La haute intensité doit être quantifiée pour ne pas rester une notion abstraite. Cela passe par l’objectivation des contrats opérationnels, l’intégration de volumes, de rythmes d’opérations, de durées, de distances, et par une déclinaison de scénarios communs à l’ensemble des milieux (NDLR : approche multi-milieux, multi-champs, dite M2MC) élaborés avec l’état-major des Armées et partagés avec l’ensemble des acteurs, dont les industriels. Les stades de défense participent également à cette logique en définissant ce qui est attendu à chaque niveau d’engagement.
Dans le même registre d’anticipation des besoins, la dispersion impose par ailleurs de jauger la capacité d’accueil des plateformes, civiles, militaires ou alliées, et de rechercher la frugalité des moyens de soutien, afin de limiter les dépendances logistiques.
LA GRO ou le retour au « bon sens technique »
La nécessité d’accélérer la remise en ligne des aéronefs suppose, bien-sûr de manière encadrée, des écarts au cadre réglementaire classique lorsque l’enjeu opérationnel l’exige : ce que l’on appelle la GRO ou « gestion du risque opérationnel ».
Le général Crossonneau a ainsi insisté sur un levier essentiel, à savoir l’évolution des mentalités vis-à-vis du risque acceptable. La prise de risque est inhérente à l’aviation de combat. Il s’agit de réinterroger en permanence l’équilibre entre sécurité, performance opérationnelle et disponibilité à l’aune de la criticité de la mission à accomplir. Cela suppose de distinguer, à tous les niveaux, y compris dans la réglementation de navigabilité, ce qui est absolument critique et primordial de ce qui est simplement souhaitable, afin de permettre des décisions éclairées au bon moment. Il ne s’agit toutefois pas de brader la sécurité à tout prix, mais d’éclairer l’autorité militaire pour qu’elle décide si un aéronef peut faire sa mission à un instant donné même s’il ne répond pas aux canons techniques.
Pour cela, il est indispensable de regagner de l’autonomie et du bon sens techniques, ainsi qu’un accès direct à l’expertise industrielle. Le MCO et l’emploi opérationnel étant au final « les deux faces d’une même pièce en termes d’opérations », cette logique se traduit concrètement par des réorganisations internes en cours au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace : binômes pilote-mécanicien à tous les niveaux, structures intégrées du sommet de l’état-major jusqu’aux escadrons, et reconnaissance accrue de l’expertise des mécaniciens.
Dans un contexte de haute intensité, l’objectif final est clair : être capable de remettre un avion en ligne de vol rapidement, avec un risque identifié, assumé et décidé par l’autorité militaire, au service de la supériorité aérienne.
Par Murielle Delaporte
Photo : Maintenance du rotodôme d’un E-3F AWACS par les équipes de l’escadron de soutien technique aéronautique (ESTA) de la 36e escadre de commandement et de conduite aéroportés (EC2A) de la base aérienne 702 d’Avord, lors de l’exercice « Taranis » (« Tactical Airlift Rehearsal Under Advanced Non-permissive and Intensive Scenarios »), destiné à préparer les unités de la Brigade aérienne d’assaut et de projection (BAAP) à intervenir dans des environnements non permissifs et de haute intensité © armée de l’Air et de l’Espace, novembre 2025, www.defense.gouv.fr/air/exercice-taranis-transport-aerien-militaire-au-coeur-haute-intensite/taranis-avord-mecaniciens-mobilises
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